Dupont University, l’Olympe de la connaissance, abrite la crème de la jeunesse américaine, l’élite de demain derrière ses flèches gothiques aux reflets roses et ses pelouses impeccables qui perpétuent la tradition depuis plus d’un siècle…
Du moins est ce ainsi qu’elle apparaît aux yeux de la très jolie Charlotte Simmons, une sage et studieuse étudiante de première année au regard innocent, originaire d’une modeste famille modeste aux principes rigoureux des Montagnes Bleues, en Caroline du Nord, et admise dans le saint des saints sur la seule qualité de son brillant cursus de lycéenne.
Mais, en faisant la connaissance des parangons de cette élite, confrontée à leurs moeurs étranges, Charlotte tombe de haut. Et découvre avec désarroi que le temple du savoir semble surtout celui du sexe, de la débauche, de l’alcool et des ambitions mesquines.
Il y a Beverly, sa colocataire écervelée, prétentieuse et friquée, méprisant Charlotte, ses principes et ce qu’elle est, allant jusqu’à ignorer son existence. Elle poursuit de ses assiduités les joueurs de crosse, et elle sait s’y prendre.
Hoyt Thorpe, égocentrique et narcissique, trop beau pour être honnête, membre de la puissante fraternité Saint-Ray, assoiffé de domination sociale, devenu malgré lui le héros d’une sordide nuit, où il s’est battu avec le garde du corps du gouverneur de Californie, découvert dans une situation embarrassante avec une jeune étudiante. Charlotte n’échappera pas à son pouvoir de séduction, ni à son emprise.
Adam Gellin, rédacteur du journal indépendant de l’université, membre des “Mutants du Millénaire”, et qui se considère en tant que tel comme le seul garant de l’esprit intellectuel sur ce campus en proie à la frénésie du sexe, de la dépravation, et des bacchanales arrosés d’alcool. Charlotte voit en lui, en son esprit ce que devrait être Dupont, ce que devrait être un élève de Dupont. Quant à Adam, il voit en elle un ange, une fille différente de toutes les autres, belle, innocente et intelligente, pas de comparaison possible, elle est la femme de sa vie…
Jojo Johanssen, seul joueur blanc de l’équipe de Basket vénérée de Dupont, acclamé par cette célèbre devise “Go, go, Jojo!”. Sa rencontre avec Charlotte va le changer, lui donner de nouvelle aspirations. Mais être un sportif et intelligent, n’est ce pas contradictoire? Est ce vraiment le rôle d’un sportif, en voie de devenir professionnel, de surcroît adulé par tous, de philosopher sur Platon et Socrate? Pour son coach et ses coéquipiers, la réponse est clairement non. Il va devoir se confronter à leur préjugés, mais la tâche n’est pas aussi simple qu’il le croyait, surtout depuis que son poste de titulaire est menacé par un jeune prodige…
Il y a entre eux de histoires de pouvoir, d’ambition, d’humiliation, mais aussi de sentiments. des joutes, des jeux: sociaux, intellectuels, sexuels, amicaux, amoureux….Candide et pleine d’illusions, la petite provinciale des Montagnes Bleues n’en maîtrise guère les règles. Mais le tourbillon de sa première année va se charger de la déniasier, et Charlotte n’est pas tout à fait la blanche colombe qu’elle croyait être. Guidée jusque là par cette volonté de “ne jamais céder à la pression du groupe”, elle voit ce principe auquel elle a été fidèle pendant 18 ans, perdre peu à peu de la valeur à ses yeux, et du terrain en elle, dans son comportement, pour laisser place, logiquement à la fascination de prestige social, ce prestige social qui semble régner en maître sur ce milieu estudiantin.
J’ai été agréablement surprise par ce roman. Je pensais que ca serait un roman banal, mais c’est beaucoup plus que cela.
J’avoue avoir eu un peu de mal à commencer, à cause du langage très familier, cru, et de la présence du mot f***, utilisé de manière excessive, dans toutes les phrases, et parfois plusieurs fois dans une même phrase, il est utilisé pour dire tout est rien. Très utilisé au début, sa fréquence d’utilisation diminue tout au long du roman sans toutefois disparaître complètement. Si son utilisation est courante dans le langage américain, l’effet n’est pas le même quand on le lit en francais (effet plutôt lourd).
Mais à part cela, j’ai beaucoup aimé ce roman. On découvre en même temps que Charlotte ce milieu, on la suit dans ses expériences, on est complètement immergé dans ce milieu, au premier abord prestigieux, mais où la réussite sociale semble plus prisée que la réussite scolaire, où elle est très importante. On découvre tout simplement ce qui se cache derrière un nom prestigieux, ce que l’on ne voit pas si l’on regarde la facade dorée. Les apparences et les masques tombent pour ne laisser filtrer que la débauche, les vices, la dépravation et les excès.
Bizzarement, on s’attache à quelques personnages, Jojo par exemple dont l’évolution est la plus flagrante, et la plus positive. Les différents personnages sont typiques, chacun dans leur domaines, correspondant ou du moins ne démentant pas les clichés (comme quoi les clichés ne sont pas constamment faux): le jeune homme tombeur, qui fait craquer toutes les filles et égoïste à souhait; La blonde, une vraie peste, idiote et allumeuse; On peut continuer longtemps dans ce domaine..
J’ai trouvé que c’était un magnifique roman d’apprentissage, ou plutôt de desapprentissage? En effet, j’ai trouvé que la fin n’était pas très optimiste (si vous ne voulez pas connaître la fin, arrêtez vous-là): On retrouve Charlotte se demandant, si au fond, plutôt que l’élevation intellectuelle (et en même temps ses rêves, ambitions et espoirs qui la différenciait des aures filles de Dupont) comme elle le pensait au début, ce qu’elle voulait ca n’était pas tout simplement d’être admirée, aimée, être considérée comme différente des autres bien qu’elle ne fit rien pour cela.
Tom Wolfe nous offre avec cette satire cinglante, sur un ton caustique et ironique, ses illusions perdues et le grand roman de la vie étudiante made in America. Roman brillant.Note:5/5